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Au Burundi, la densité démographique rurale compte parmi les plus élevées du continent africain. Elle est passée de quelques 100 hab/km2 vers 1960 à près de 200 hab/km2 en 1990. La multiplication du nombre d’exploitations agricoles sur un espace restreint a bien sûr entraîné l’extension des terres assolées au détriment des pâturages, la régression des activités d’élevage, la mise en culture des terrains en forte pente, la réduction de la durée des friches, l’accroissement des besoins en bois de feu, etc..

Les paysans sont montrés du doigt ainsi que leurs techniques dites "traditionnelles". Ils sont accusés d’être responsables de la déforestation, de l’aggravation des phénomènes d’érosion et de la dégradation des écosystèmes.
L’article montre que les transformations récentes de l’agriculture burundaise s’accompagnent d’une dynamique interne d’accumulation de biomasse dans les exploitations agricoles paysannes. Dans ces micro-exploitations, de moins de un hectare en général, la production de biomasse par unité de surface, la gestion de cette biomasse et en particulier de celle qui est stockée sous forme de matière organique dans les sols cultivés prennent une importance considérable. Les agriculteurs le savent ; production et gestion de la biomasse sont au centre de leurs préoccupations.
Hubert Cochet explique que ce n’est ni la mentalité "traditionaliste" des agriculteurs, ni leurs techniques "archaïques", ni même le fait qu’ils soient de plus en plus nombreux sur la même terre qui menacent directement l’équilibre des écosystèmes qu’ils exploitent.
Si de très nombreuses unités de production sont dans une situation catastrophique, le capital-fertilité de l’exploitation étant en voie d’épuisement, c’est surtout parce qu’elles ne disposent pas des moyens de production indispensables pour enrayer les pertes de biomasse et relancer un processus d’accumulation.
Les agriculteurs burundais sont en effet dans un état de dénuement absolu en matière de moyens de production : outillage peu diversifié et de faible capacité, moyens de transport inexistants, engrais et produits phytosanitaires non disponibles ou trop chers, matériel biologique insuffisamment diversifié, bétail (gros et petit) le plus souvent inexistant. C’est aussi parce que les pouvoirs publics, surtout préoccupés par la production caféière et imbibés de multiples préjugés et clichés concernant la façon de travailler des agriculteurs, n’ont pas su les aider efficacement. Bien pourvus de conseils techniques le plus souvent inadaptés et entravant leur propre dynamique d’accumulation de capital-fertilité, les agriculteurs sont restés sans moyens de production et sans crédit.
Pourtant, les agriculteurs apparaissent finalement comme les meilleurs gestionnaires des écosystèmes et les seuls capables d’ajuster leurs pratiques agricoles à l’extrême diversité des situations topographiques et pédo-climatiques du milieu.
Mais deux conditions s’avèrent indispensables à la mise en place progressive de ces systèmes de production intensifs et durables.
La première est que les agriculteurs ne soient pas acculés à sacrifier le long terme (la reproduction de l’écosystème) à la survie immédiate, c’est à dire qu’ils disposent d’un niveau de vie minimum et d’une relative sécurité alimentaire.
La deuxième condition est qu’ils disposent en quantité suffisante des moyens de production nécessaires à cette intensification : outillage, moyens de transport, semences, boutures, plantules et greffons, bétail, engrais, produits phytosanitaires et vétérinaires, citerne de stockage des eaux de pluies, etc..

- Cochet. 1996. Burundi. Biomasse. fr
Mettre à leur disposition ces moyens de production, massivement et à bas prix, apparaît dès lors beaucoup plus efficace que la multiplications de conseils souvent emballés en un petit nombre de "paquets techniques" inapplicables, inabordables et le plus souvent inadaptés à la complexité et à la diversité des situations rencontrées. Ce serait peut être là, dans le cas du Burundi, l’amorce d’une politique de développement durable. Une telle politique contribuerait aussi à atténuer quelque peu les tensions politiques et sociales extrêmement fortes qui secouent ce pays, tensions qui ne sont pas complètement étrangères aux relations que l’État, défenseur des intérêts de la minorité urbaine aisée, a entretenues avec la paysannerie.
L’article complet est téléchargeable sur cette page. Nous le reproduisons ici avec l’autorisation de l’auteur.
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