Dans le cadre des négociations internationales visant à réduire les émissions de CO2 et à lutter contre le réchauffement climatique, la gestion des espaces forestiers de la planète se trouve souvent au cœur des débats.
Le protocole de Kyoto incite les pays développés (pays dits « de l’annexe 1 ») qui ont pris des engagements contraignants en termes de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre à préserver ou à accroître leurs forêts. D’autre part, ces pays (et les industries nationales associées) peuvent réaliser, dans les pays du sud, des plantations d’arbres afin d’obtenir des crédits carbone dans le cadre du « Mécanisme de Développement Propre » (MDP). La création de nouveaux espaces forestiers, considérés comme des « puits carbone », compenserait en effet les émissions industrielles de ces pays, et créerait de nouveaux « droits à polluer », échangeables sur le marché des crédits carbone officiel. Parallèlement, les projets forestiers non réglementés par des protocoles internationaux permettent d’échanger des crédits carbone sur des marchés dits « volontaires ».
Plus récemment, et dans le cadre des négociations visant à préparer l’après Kyoto, les débats se sont focalisés sur la mise en place de nouveaux mécanismes qui permettraient de lutter contre le réchauffement climatique. Ces mécanismes de « déforestation évitée » consistent en fait à inciter les pays du Sud à conserver leurs forêts, en échange de compensations souvent financières. Ils permettent déjà d’échanger des crédits carbone sur les marchés volontaires de réduction d’émission. Si on ignore encore comment le mécanisme REDD (Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation) sera intégré dans la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, plusieurs projets pilotes sont déjà en place, notamment dans l’état d’Amazonas, au Brésil, et permettent de questionner les enjeux majeurs de cette politique.

- Comment protéger efficacement nos forêts sans renforcer les pressions commerciales sur la terre ? FR
Que doit-on penser de ces deux mécanismes (création de puis carbone et déforestation évitée) ? Sont-ils réellement efficaces pour lutter contre le processus de réchauffement climatique, ou détournent-ils les « vrais » pollueurs de leurs responsabilités ? La création de « puits carbone » n’incite-t-elle pas les investisseurs privés et les industries polluantes des pays industrialisés à « s’approprier » d’une façon ou d’une autre d’immenses étendues de forêts dans les pays du Sud, aux dépends des populations qui y vivent ? A favoriser la création de grandes plantations d’arbres en monoculture, participant ainsi à la dégradation de la biodiversité ? D’autre part, les projets de « déforestation évitée » peuvent-ils réellement lutter contre les dynamiques parallèles qui incitent fortement à la déforestation (grandes exploitations de produits alimentaires ou d’agrocarburants) ?